MUSEE ROMAND DE LA MACHINE AGRICOLE

                                                                                           

Centre Historique de l'Agriculture


Victor BERTSCHI
11 novembre 1929 – 26 avril 2012

Le jeudi 26 avril 2012 marque la fin d’une étape importante pour le Musée romand de la Machine agricole, qui voit ce jour-là la disparition de Victor BERTSCHI, qui en fut l’âme depuis sa création.

Né à Bernex/GE, Victor BERTSCHI passera l’essentiel de sa vie à Satigny où son père exploitait un domaine agricole.

Dans les années 1950. après avoir acquis une formation de mécanicien et travaillé sur le domaine familial, il s’engage chez Grunder à Meyrin, entreprise spécialisée dans la vente et l’entretien des machines agricoles où il restera jusqu’à sa retraite, anticipée, en 1992, passant de simple mécanicien au poste de chef du service technique.

Tout au long de sa carrière, Victor BERTSCHI parcourra la Suisse pour y présenter, livrer, entretenir ou réparer des machines vendues par son employeur.

C’est pendant cette période qu’il constate que ces nouvelles machines remplacent d’anciens outils de travail, souvent encore en bon état de fonctionnement et représentant un important patrimoine technique, patrimoine partant peu à peu à la casse et qu’il devient urgent de sauvegarder.

C’est pour cette raison qu’il se rapproche de gens issus de tous les milieux qui se soucient de voir disparaître les témoins d’un passé industriel et artisanal proche. En 1978, ils se regroupent afin de créer l’API (Association pour la sauvegarde du patrimoine industriel) dont Victor BERTSCHI est l’un des premiers membres, représentant le secteur agricole.

Cette dernière connaît un succès aussi rapide qu’important et de nombreux bénévoles, réunis en association depuis 1987, se lancent dans la restauration de tracteurs, monoaxes et autres machines agricoles, alors que Victor BERTSCHI profite de ses nombreux déplacements professionnels et des contacts ainsi noués afin de récupérer d’innombrables objets voués à la casse.

Après quelques années, la volonté de mettre dignement en valeur les objets sauvegardés et restaurés se concrétise par la création d’une Fondation, qui, en 1990, acquiert le Moulin de Chiblins pour en faire un Musée, ouvert en 1991, dont Victor BERTSCHI fut le Conservateur jusqu’à fin 2011, fonction qui lui valut plusieurs distinctions.

Sur le plan humain, Victor BERTSCHI laisse le souvenir d’un homme passionné, doté d’un très grand sens artistique.

Il a décrit sa passion pour la sauvegarde des machines agricoles anciennes dans un très beau texte de 1991 et il a mené ce combat aussi longtemps qu’il l’a pu. Mais qui dit passion dit aussi force de caractère et exigence, ce qui se traduisait parfois par des scènes épiques.

Afin de perpétuer son souvenir, une salle du Musée lui est dédiée depuis 2013.

Parole de Victor BERTSCHI

La passion des machines peut vous habiter. Pour les uns c'est l'auto, pour les autres les locos, pour moi c’est la machine agricole. Depuis trente-cinq ans, c’est mon métier, c'est ma passion.

Depuis la guerre, quelle évolution ! Les machines agricoles ont changé du tout au tout. Les nouvelles venues ont poussé à Ia casse les anciennes, le progrès s'accélère. Et on oublie très vite ce qui faisait hier notre bonheur. Un tel renouvellement c'est bien pour la campagne, mais c'est une perte pour la mémoire collective. En un sens, chaque machine est parfaite. Elle est l'accomplissement d'une technique à un moment donné. Elle reflète dans ses pièces et ses systèmes toute l'histoire agricole d'un instant. A ce titre elle mérite d’être sauvée.

Seule la passion peut y parvenir. Une machine non-employée se dégrade très vite. Les pièces de rechange n'existent plus. Dans un premier temps, les propriétaires rafistolent, puis laissent rouiller le tout dans un coin où la mauvaise herbe pousse, jusqu'au départ final chez le ferrailleur.

Tout un patrimoine industriel, technique et agricole est ainsi en train de disparaître. Cela m’a paru insupportable.

J’ai fait partager ma passion à d'autres. Avec un groupe d'amis, nous avons constitué une équipe pour sauver ce qui pouvait l'être, restaurer ce qui le devait, créer un musée pour que demeurent les traces d'une ingéniosité sans pareille.

Nous avons déjà plus de huit cents machines dignes d'intérêt, récupérées chez tous les agriculteurs de Suisse romande, et nous voulons accroître notre collection.

Nos loisirs sont consacrés à la bricole. Et l'année dernière, nous nous sommes installés au Moulin de Chiblins que nous restaurons pour créer le Musée romand de la machine agricole.

Encore un musée ? Encore un Ballenberg ? Le temps s'accélère. Dans le domaine des machines plus que partout ailleurs. Si l’on veut savoir ce que nous étions dans ces années cruciales, où l'agriculture oscillait entre un très long passé et un futur incertain, il faut sauver les traces pendant qu'il est encore temps
.
C'est ma « machine-passion'' qui me pousse à le faire et je souhaite la communiquer aux autres.

Août 1991